Conférence réalisée par
Cédric COCHRANE
Mardi 3 mars 2026
I LE TEXTILE INTELLIGENT
- Définitions.
XM TAO définit en 2000 les textiles intelligents comme des textiles qui interagissent avec leur environnement.
Depuis 2011, cette définition a évolué avec les travaux du comité européen de normalisation. La définition a été également plus orientée par les entreprises.
Le textile : c’est un matériau constitué de fibres textiles, destiné à être utilisé seul ou avec d’autres articles textiles ou non textiles et quelle que soit la proportion de textile dans l’habillement.
Le textile fonctionnel : c’est un textile auquel une fonction spécifique a été ajoutée via le matériau, la structure, la finition.
Le textile intelligent : c’est un textile fonctionnel, qui interagit avec son environnement.
Le système textile : c’est un assemblage de textiles et non textiles intégrés dans un produit qui conserve ses propriétés textiles. Ex : textile et carton dans les visières de casquette.
Le système textile intelligent est un système textile qui interagit avec son environnement. Exemple : textiles électroniques, médicaux, et dont l’intelligence est apportée par un système extérieur.
- Degrés d’intégration.
Intégration de niveau 1 : le composé électronique peut être enlevé sans détruire le produit. Les composants peuvent être traités comme des unités séparées.
Intégration de niveau 2 : le textile est un substrat (socle). Le composant électronique est attaché au textile (exemples : LED intégrée dans un bonnet, cravates lumineuses). Les composants ne peuvent plus être traités séparément, mais comme un tout.
Intégration de niveau 3 : le textile établit la connexion. Un ou plusieurs composants sont de style textile ou finition textile (exemples : gants chauffants où le fil chauffant est en textile, ou les puces intégrées dans des étiquettes).
Intégration de niveau 4 : le textile est un composant. Dans ce système, tous les composants du textile intelligent sont de type textile (ou finition textile).
Pour atteindre ce niveau, il faudrait que les batteries soient constituées de textile.
- Le contexte multi échelle.
On va de la nano fibre à la fibre grossière, en passant par la submicronique, la microfibre, les fibres fines (de 50 nm à 50 µm).
Pour les étoffes textiles, on a le tissu, la tresse, le non tissé, les multicouches.
On a aussi un degré d’échelle évolutive pour les structures complexes.
Le Smart textile système : c’est le e-textile des années 1990 (textile à mémoire de forme par exemple).
Dans les années 2000 : on va intégrer les capteurs dans des sous-vêtements.
Exemples : électrodes intégrées au T-shirt pour mesurer le rythme cardiaque, ou vêtements à fibre optique pour faire apparaître de la publicité, mais ça n’a pas beaucoup marché.
Puis on a trouvé des capteurs dédiés au textile, dans les années 2007.
Depuis 2010, on s’oriente vers des applications de plus en plus précises.
II EXEMPLES DE TRAVAUX DE RECHERCHE
- Textiles à diffusion de lumière.
Dans la photothérapie dynamique ou PDT, technique récente qui permet de traiter principalement des cancers superficiels de la peau, on applique sur le crâne une pommade photo sensible et qui est absorbée par les cellules cancéreuses qui deviennent plus sensibles à la lumière. Une source de lumière LED va être activée. L’activation de la molécule conduit à la destruction de la lésion.
En collaboration avec l’INSERM de Lille, le laboratoire a eu l’idée de remplacer le système des LED par un système textile, qui épouse la forme de la zone concernée par le traitement, ce qui permet d’irradier de façon homogène et de le faire en ambulatoire.
Les chercheurs ont travaillé avec la fibre optique, d’abord en faisant des trous sur la gaine, mais cela risquait de surtraiter certaines parties. Le laboratoire a utilisé d’autres propriétés de la fibre optique et a procédé à un textile tissage, panneaux de 30 cmx5cm, que l’on peut conformer au crâne.
Il y eut des essais cliniques menés. Avant, il y avait 3 heures entre l’application de la crème et la lumière, l’exposition durait 10 minutes. Puis, il y eut 30 minutes d’intervalles entre la pose de la crème et les 150 mn d’exposition à la lumière. Le temps de traitement a été allongé, et la douleur a diminué, pour un même résultat cosmétique.
- Capteurs d’allongement.
Pourquoi mesurer les allongements dans les textiles : cela permet le contrôle d’action (interrupteur textile, sur un vêtement par exemple), de créer une structure de monitoring, ou encore de comprendre les phénomènes.
On développe des capteurs pour mesurer les effets : exemple, la distorsion du tissu quand il arrête des balles ou des coups de couteau.
- Les capteurs mécaniques, posés sur les étoffes, permettent de voir comment se déforment les textiles.
Exemple du tissu de parapente. L’allongement est le rapport entre l’envergure et la corde de l’aile.
Autre exemple de travail, avec la direction de l’armement, d’analyse du comportement des matériaux textiles lors des phases dynamiques d’un aérolargage.
Cela a permis de confronter les données numériques aux données expérimentales, ce qui a permis d’affiner et de valider les modèles de simulation des voilures.
Il a fallu créer des appareils pour mesure la résistance des matériaux. Passer des câbles dans les parachutes permet aussi de mesurer l’allongement des tissus.
- Les capteurs filaires permettent de mesurer ce qui est à l’intérieur du textile.
On va utiliser un capteur de pression piézorésistif,constitué d’un matériau résistif dont la résistance varie lorsqu’il est soumis à une force ou une contrainte mécanique. Il est basé sur un fil de renfort de la structure.
On va l’utiliser sur des fibres para-aramide (exemple : les gilets pare-balles en Kevlar).
Les fils ont été mis dans le textile anti-couteau (ou anti-balles). Quand on vient impacter avec le couteau, il y a une déformation. Le fil tissé dans la structure montre de combien de pourcentage on a déformé le tissu. Pour les couteaux, on peut aller jusqu’à 10 couches de fibre.
- Les structures électro chromes textiles peuvent changer de couleur sous l’effet de la torsion. D’un substrat de 7 couches, on passe à 4 couches. Cela permet d’afficher des motifs ou des couleurs différentes. Cela sert à faire du camouflage (DGA).
Les perspectives sont de travailler sur la durabilité du textile.
- Electrodes pour le biomonitoring.
Autre projet avec l’armée : le monitoring du soldat.
Le projet est d’inclure dans la brassière des capteurs, pour monitorer le rythme cardiaque et respiratoire
Mais la particularité du soldat est qu’il s’habille pour plusieurs jours, bouge beaucoup, transpire. Il faut rendre l’habit portable, et agréable à être porté sur du long terme.
- Electrodes compatibles IRM.
Des examens nécessaires dans le cadre du diagnostic du MINOCA (qui correspondent à un infarctus du myocarde), sont la coronarographie et l’IRM cardiaque.
Il faut introduire des éléments métalliques pendant l’IRM.
Des capteurs sont insérés dans un textile : un T-shirt pré connecté.
Actuellement, c’est au stade prototype. Il faut simplifier le système pour réduire la durée de mise en place (des électrodes) et augmenter la qualité des mesures.
Le signal électrique du cœur est ainsi mis en perspective graphique.
- Evaluation de la durée de vie des vêtements.
Il y a mise en place de protocoles de tests pour évaluer la durée de vie des textiles intelligents. Ils permettent la mise en place du suivi des propriétés électriques après abrasion, lavage=> proposition d’équivalences, de modèles.
Dans le contexte de développement durable, il y a trop d’articles textiles mis sur le marché : 100 milliards d’articles mis en marché par année. En France : 2,2 milliards environ. Cette problématique de surproduction implique des enjeux environnementaux, des déchets textiles.
L’industrie doit alors se tourner vers les piliers de l’économie circulaire.
Comment influer là-dessus ?
On a du mal à évaluer la durée de vie des vêtements. Pour l’instant, c’est évalué au regard des ventes. On a des approximations.
L’idée est d’avoir un modèle numérique pour prévoir la durée de vie des textiles, en tenant compte de l’usage et l’entretien.
Il faut « instrumenter » les vêtements, exemple : des capteurs sur un jean pour voir pendant quelques jours son usage, ce qui permet une cartographie de la vraie vie du vêtement, et de voir comment chaque phase d’usage a des effets.
EN CONCLUSION,
Les domaines d’application des textiles intelligents sont multiples : médical, militaire, sport…
Certains domaines font appel à des multi-compétences : matériaux, process, chimie, électronique, data…
Beaucoup de sujets ne sont pas abordés : énergie, data, communication…
Et dans le futur : on voit l’émergence de systèmes de textiles intelligents complet, tendant vers le niveau 4 : capteurs, actionneurs, alimentation, transmission énergie des données…et une attention est portée sur la sécurisation des données personnelles récupérées par les textiles intelligents.
On va vers un système de convergence ; exemple, un T-shirt qui fait tout : récupérer de l’énergie, capteurs sur les bracelets de montre…
La fin de vie de ces produits reste complexe. La question de la gestion des données recueillies est étudiée.
Marie Pierre Fourdinier, le 3 mars 2026.
UTL Pévèle Carembault
