Conférence réalisée par
Eric MONSINJON
Mardi 24 mars 2026
I L’AVANT- GARDISME
Lors de la phase de construction de la représentation dans la peinture de l’époque classique à l’époque moderne, on avait exploré la perspective, le sfumato, la perspective atmosphérique, le clair-obscur de Caravage, puis le grand classicisme et ensuite le romantisme de Delacroix.
Au milieu du 19ème siècle, plusieurs choses vont se passer. Il y a d’un côté les artistes qui veulent maintenir les formes de l’art, et prônent le maintien de la tradition.
Des noms différents vont illustrer cette tendance : néo-classicisme, académisme, art pompier (terme dépréciatif, pour désigner l’art pompeux, obsédé par le détail).
Ces mouvements tiennent à maintenir le réalisme.
D’autres artistes vont refuser cela.
En 1826, apparaît la photographie. Est-elle la rivale de la peinture réaliste ?
Les portraitistes voient leurs carnets de commandes décliner. La photographie va se démocratiser. On n’a plus besoin du labeur du peintre. La photographie réalise la chose de manière très efficace.
On a accusé la photographie de détruire le réalisme, mais en fait il y a un autre élément à prendre en compte : l’épuisement à l’interne de l’art : on en a assez d’utiliser le sfumato et autres caractéristiques du réalisme.
La photographie n’a été qu’un accélérateur de ce malaise.
Tous les arts modernes sont dans une phase de crise. Il va y avoir une ligne rebelle qui va s’opposer à la tradition.
On assiste à un démontage du système classique qui remet en cause la perspective, les différents plans, et on défend le fait que la peinture ne doit pas reproduire la réalité.
L’art moderne veut se libérer des chaînes de l’art classique.
On va créer le marché de l’art, monter des galeries.
Tout va s’inverser. Avant, l’artiste dépendait de la commande (mécénat). Maintenant, l’artiste peint sans savoir si quelqu’un va acheter ses toiles. Cela va changer les mentalités.
L’avant-garde dans l’armée, c’était le nom donné aux 1ères lignes de combat. Ce terme se déplace sur le plan politique (Marx par ex.).
Les artistes vont se saisir de ce terme pour monter l’idée de « révolutionner » l’art.
Ils vont aller jusqu’à dire que « l’art est mort ».
II 1863 LE BASCULEMENT
La figure de proue du romantisme disparaît, avec le décès d’Eugène Delacroix.
Fantin-Latour compose une toile en hommage à Delacroix. Tableau de grande dimension, il comprend plusieurs personnages comme Fantin-Latour lui-même, Manet, Baudelaire (écrivain et critique d’art) …
Avec son « Déjeuner sur l’herbe », Manet marque un tournant dans la peinture. C’est le début de l’Art Moderne.
Il illustre le rejet de la peinture d’histoire, l’abandon du sfumato classique de De Vinci pour l’aplat, surface presqu’unie.
C’est une peinture de contraste : la peinture est un jeu de formes. La femme nue du quotidien, un peu comme Courbet avait fait avant lui.
Au 1er plan, il y a une nature morte, puis des nus, puis des paysages, c’est-à-dire que Manet a mis les trois catégories en une. Le peintre se joue des codes. Il intègre des animaux (grenouille et bouvreuil).
Cette toile est à comparer avec celle de Marcantonio Raimondi (d’après Raphaël). On s’aperçoit que Manet avec « Le déjeuner sur l’herbe », reprend la composition du tableau de Raphaël : la peinture mythologique d’un côté, la peinture triviale de l’autre.
Cela va choquer le goût de l’époque, notamment celui de Napoléon III qui va préférer acheter le tableau d’Alexandre Cabanel ; celui-ci s’inscrit dans la tradition : vénus, sfumato, comme les Vénus de Botticelli, Bouguereau ou Zuber-Bühler.
Manet est en rupture avec cela. Ex : femme nue avec la servante noire « Olympia ». Ce qui intéresse le peintre, c’est la composition. Manet reprend la référence du tableau de Titien « La Vénus à sa toilette ». La pose est explicite. Manet s’éloigne de la tradition classique : une vénus devient une prostituée
Ce qui intéresse Manet, c’est la brutalité de la peinture : ex-Toréador gisant à terre, du sang sur l’épaule. Il isole le toréro et travaille sur le blanc et le noir.
Autre exemple : « Les Pivoines » ; Manet ne cherche pas de références (comme la fleur de lys pouvait représenter la royauté). Il se débarrasse du sujet complexe.
Un tableau de Henri Fantin-Latour peint en 1870 qui immortalise les protagonistes du groupe des Batignolles. évoque l’atelier d’Édouard Manet et le représente assis et peignant avec à ses côtés, entre autres Bazille, Claude Monet, Emile Zola, Auguste Renoir
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Si Manet a été auréolé d’un scandale avec le « Déjeuner sur l’Herbe », sa notoriété lui permet d’« exister ».
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III 1872 L’IMPRESSIONNISME
Manet se rapproche de Monet.
L’avant-garde, c’est aller plus loin dans la nouveauté, sans revenir en arrière.
Décomposition de la couleur par touches, pour une nouvelle lumière.
Claude Monet dans « Impression, Soleil levant » met un effet « brossé » à sa peinture. Il n’y a pas de détails, à l’inverse des classiques (art pompeux).
C’est une peinture d’ambiance et d’atmosphère qu’il nous offre. Elle ne nécessite pas de culture préalable pour l’apprécier. Cela n’est pas accepté.
Avec les « Coquelicots », Claude Monet va vouloir reproduire, avec ses petites touches, le vent qui souffle dans les champs.
Il peint par juxtaposition de touches, et non superposition.
On peint vite, car on veut saisir l’instant lumineux : « La rue Montorgueil » par ex.
Monet peint la cathédrale de Rouen, c’est parce qu’elle renvoie une lumière particulière. Ce n’est pas le sujet religieux qui l’intéresse, c’est le traitement de la lumière sur le sujet. C’est un travail sensible de la lumière qui se pose sur les objets.
Avant on peignait des sujets mythologiques, bibliques, des batailles.
Après, ce sont les Nymphéas, les Meules de foin que l’on saisit. Les sujets sont beaucoup plus réduits.
Auguste Renoir va travailler sur les taches d’ombre et de lumières, qui introduit du noir. Renoir va conserver le noir « Le bal du moulin de la Galette » : toujours le même système, des taches de soleil sur les personnages.
Berthe Morisot développe un style esquissé : « Julie Manet » posant avec son lévrier.
Alfred Sisley : « Inondations à Port Marly » va faire évoluer l’impressionnisme par le travail sur les textures, par les effets d’empâtement (peinture plus en matière).
IV 1884 LE DIVISIONNISME
Tous les dix ans, il y a un nouveau mouvement, cela va très vite.
Il y a une nouvelle tendance : le pointillisme : atomisation des couleurs en points pour obtenir un mélange optique.
Seurat, qui en est le fondateur, dira que le mélange optique est plus fort que le mélange des couleurs. Ces tableaux sont très longs à peindre. Paul Signac, le numéro « deux » du pointillisme a une touche un peu plus épaisse.
V 1886 LE POST- IMPRESSIONNISME.
On va voir s’opérer autre chose : « je reçois la vue et je vais ressentir une émotion ».
Là c’est l’inverse : l’artiste remplace ce qu’il voit par ce qu’il ressent.
On va chercher une vision intérieure plus que celle de la réalité, tel Paul Cézanne, qui recherche la troisième dimension, en utilisant des volumes : dans « La Montagne Sainte Victoire », il montre une structure.
Paul Gauguin commence à peindre des hallucinations : « La lutte de Jacob avec l’Ange » 1888. Les couleurs sont non naturelles (influence des estampes japonaises).
Le Gauguin tahitien peint un chien orange, une prairie rouge. Il aimait beaucoup Baudelaire, déjà décédé, qui avait dit : « Je rêve d’un arbre bleu ».
Van Gogh a une touche qui frise, qui tourbillonne de plus en plus pour montrer son débat intérieur, comme dans : « Nuit étoilée ». L’expression prend le pas sur l’imitation. Vincent Van Gogh était dépressif mais il n’a pas utilisé le noir. Il peint la détresse de l’âme par des couleurs irradiantes, comme « l’Eglise d’Auvers -sur- Oise » : l’Eglise mentale est remaniée par la vision qu’en a Van Gogh.
Quand il peint « Les Tournesols », c’est un clin d’œil à l’icône (le doré d’avant). Il n’y a pas « d’ombre au tableau », c’est l’œuvre qui émet sa propre lumière.
Son dernier tableau « L’envol des corbeaux » est précurseur de la peinture qui va évoluer.
« Le cri » d’Edward Munch. Le personnage se bouche les oreilles car il entend un cri : cri existentiel ? Une angoisse existentielle est peinte avec une déformation de l’image.
VI 1905 LE FAUVISME
C’est l’explosion de la couleur pure et accident du dessin. L’exécution est spontanée, instinctive, subjective.
L’idée est de montrer un déchaînement intérieur ; primauté est donnée à ce que l’on ressent à l’intérieur.
Matisse est influencé par Van Gogh (qui n’était pas très connu à l’époque), et par Gauguin.
Matisse est le fondateur du fauvisme, ici : « L’atelier Rouge », imité ensuite par André Derain.
En 1905, l’Expressionisme allemand est un autre courant, qui se caractérise par la violence des couleurs et la distorsion du dessin, pour une exprexssion déformée : Max Pechstein et Emil Nolde.
VII 1907 LE CUBISME
Il s’agit d’une autre révolution.
L’espace pictural est décomposé en facettes géométriques pour une vision simultanée de tous les points de vue.
Picasso regarde l’histoire qui le précède, il sait peindre de manière classique, mais il veut révolutionner l’Art.
Cézanne avait dit : « Je vous dirais la vérité en peinture. »
Picasso dit : « Je vais vous montrer les six faces en même temps ».
Les paradoxes en peinture sont assez féconds ; exemple : influence des masques africains dans son tableau des nus. L’orientalisme, puis le japonisme, puis les cultures extra-occidentales, ainsi que l’océanie sont inspirantes.
L’espace géométrique est brisé « il faut éteindre le feu des fauves » .
C’est une révolution de la structure, et non de la couleur.
Picasso introduit un élément de réalité : du papier collé. En 1912, c’est le premier collage de l’histoire.
Pablo Picasso va utiliser le noir et le blanc : fusain noir et craie blanche .
Toute la peinture est un assemblagede collages. On désacralise la peinture.
Pour « Gernika » : il utilise une forme détruite pour peindre la guerre.
Le cubisme est développé par d’autres artistes comme Georges Braque.
La perspective est détruite. On va reconstituer du volume en intégrant les éléments.
VIII 1909 LE FUTURISME
Le futurisme est un mouvement qui va naître en Italie.
On altère les formes sous l’effet du dynamisme et de la vitesse pour dire la modernité.
C’est l’époques des progrès scientifiques, de la révolution industrielle et les peintres vont restituer ce mouvement : Giacomo Bella,Umberto Boccioni, Luigi Russolo.
C’est l’éclatement du cubisme, avec plus de dynamisme.
IX 1910-1911 L’ABSTRACTION
La peinture devient anti-figurative. Pour la première fois, on rejette la réalité pour une quête spirituelle.
Ce mouvement est incarné par Wassily Kandinsky , Kasimir Malevitch, Piet Mondrian.
Kandinsky réalise une série « figurative » , le cheval bleu : château maison, personnage ; il reste des résidus figuratifs, mais si on avance dans la série, on reconnaît de moins en moins les formes.
Il réalise la première aquarelle abstraite de l’histoire et peut utiliser des formes rondes selon son inspiration « Quelques cercles » , ci-dessus.
Il revendique une peinture pure et autonome.
Il aimait beaucoup la musique et donne des noms à ces tableaux en rapport avec celle-ci : composition, rythme, harmonie, fugue, improvisation…
C’est l’art immatériel par excellence. Il explore les possibilités d’organisation entre les formes et les lignes.
Est-ce que l’abstraction peut-être détruite ? « Carré noir sur fond blanc » , répond Malevitch.
Piet Mondrian opére une réduction formelle encore plus forte : lignes horizontales et verticales. Théo Van Doesburg introduit, lui, les diagonales.
Une femme Sonia Delaunay introduit du textile dans l’art abstrait. Elle déploie cet art dans la vie quotidienne. On lui doit : « La prose du transsibérien et de la Petite Jehanne de France », « Rythme »…
X 1913-1916 LE DADAISME.
Ou l’invention du ready-made pour détruire la peinture. C’est l’anti-Art, la mort de l’Art.
Marcel Duchamp est artiste, mais veut devenir joueur d’échec. Il expose, mais se demande si l’on peut faire des œuvres qui ne soient pas d’art ?
« Roue de bicyclette » est une œuvre de l’artiste Marcel Duchamp, créée à Paris en 1913.
Il s’agit d’une roue de bicyclette (sans le pneu) fixée par sa fourche sur un tabouret en bois peint. Cet objet est le premier en son genre.
Utilisant des objets manufacturés, Duchamp a créé ainsi le premier ready-made, dans une approche qui consiste à détourner des objets manufacturés pour en faire des œuvres d’art.
Le deuxième est en 1914 : « L’Egouttoir ».
Puis vient : « L’Urinoir ». L’œuvre sera controversée. Duchamp a pris un objet utilitaire, vulgaire, et l’a transformé en œuvre d’art en voulant l’exposer dans un musée. Il a fait un canular en empruntant un pseudonyme (R. Mutt) pour le signer. L’artiste se montrait volontiers provocateur, bousculant les codes.
Duchamp s’émancipe de la peinture et utilise le ready- made. Il veut évacuer l’émotion.
Il est pour la « flemme », se moque de la Joconde en l’affublant de moustaches, s’invente un double féminin.
On appellera Marcel Duchamp le père de de l’art contemporain.
*Illustrations issues de Wikipédia
Marie Pierre Fourdinier, le 24/03/2026
UTL Pévèle Carembault
Graphiques reprenant l’évolution de la peinture, avec l’aimable autorisation d’Eric Monsinjon, conférencier.
