Grégory Vroman

Conférence réalisée par           Grégory VROMAN                         Mardi 15 Novembre 2022

 

HISTOIRE FAMILIALE

C’est le 23 décembre 1790 à Figeac que naît Jean-François, dernier d’une fratrie de 5 enfants. Son père est libraire, sa mère est très malade. Mais c’est son grand frère, Jacques -Joseph, qui sera sa figure paternelle et soutien indéfectible, jusqu’à la fin de sa vie. De caractère cyclothymique, Jean-François rencontrera toujours des difficultés à rester dans un enseignement traditionnel.

Il bénéficie de l’aide de précepteurs, qui lui enseignent le latin et le grec ancien. Doué pour les langues, c’est ensuite à Grenoble où réside Jacques-Joseph qui l’a fait venir de Figeac dès ses 10 ans, qu’il apprend l’hébreu et acquiert des rudiments d’arabe, de syriaque et de chaldéen. Il veut étudier le copte, mais ne trouve pas d’enseignement de cette langue à Grenoble.

S’il est difficile de dater son intérêt pour l’Egypte, dont il a peut-être entendu parler pour la première fois à travers les gazettes de la librairie familiale, ce sont des rencontres et lectures qui lui font développer une passion pour les hiéroglyphes. Les cercles dans lesquels évoluent son frère lui permettent de rencontrer Joseph Fourier, nouveau préfet à Grenoble.

Celui-ci a participé à une mission en Egypte, sous l’égide de Bonaparte, et il doit rédiger un livre, que Jacques- Joseph, grand érudit lui aussi et collectionneur de livre, va préfacer. Sentant le potentiel de son frère, Jacques Joseph ne va avoir de cesse de lui procurer les moyens de se former et de trouver le secret des hiéroglyphes. Alors qu’il n’a que 17 ans, Jean-François rentre au collège de France et dans une école spécialisée en langues orientales ; Il y apprend le copte, le persan (avec Mr de Sacy) et l’arabe.

Au terme de ses études, il est nommé en 1809 (il n’a que 18 ans et demi) professeur adjoint d’histoire ancienne à l’Université de Grenoble. Son frère aîné devient bibliothécaire à Grenoble. À ce titre, il va acquérir des antiquités égyptiennes, dont Jean-François va percer les secrets.

CONTEXTE POLITIQUE

Les frères Champollion vont mener leur carrière sous différents régimes. Jacques- Joseph sera le secrétaire de Napoléon qu’il suit à Paris en 1815.

Etant républicains, pour la laïcité et anticléricaux, ils subiront les conséquences des révolutions successives. C’est ainsi qu’en 1816, les frères Champollion doivent s’exiler à Figeac. Si l’aîné retrouve un poste d’archéologue, Jean -François se fait le précurseur de l’enseignement mutuel, décrié par les conservateurs.

En 1818, les frères reviennent à Grenoble, mais ont perdu leur ancien poste. Jean-François, professeur au collège, se marie et aura une fille six ans plus tard. À la suite d’une émeute à Grenoble entre bonapartistes, républicains et orléanistes, Jean-François repart à Paris en 1821, rejoindre son frère. Membre de l’Institut, il s’intéresse aux étrusques

Un élément déterminant va être la Pierre de Rosette. Découverte en 1799 pendant l’expédition d’Egypte de Napoléon Bonaparte, cette stèle d’1,2 mètre de large sur 30 cm d’épaisseur datée de 196 ans avant JC, porte 3 versions d’un même thème : une partie en démotique, l’autre en grec et la 3ème constituée de hiéroglyphes.

DÉCOUVERTE SCIENTIFIQUE

D’autres scientifiques ont tenté de déchiffrer, en vain, les hiéroglyphes. Thomas Young, scientifique et égyptologue anglais, avait à sa disposition la Pierre de Rosette, que les anglais avaient subtilisée aux français lors d’une bataille. Il entreprend des recherches et va reprendre l’histoire des cartouches qui doivent contenir le nom des pharaons.

 JF Champollion a travaillé sur des retranscriptions de cette Pierre de Rosette qu’en avaient fait les français. Il dénigre la méthode employée par son « concurrent ». Il découvre également que l’écriture hiéroglyphe est antérieure au latin et au grec.  Sa connaissance des langues orientales va lui permettre d’interpréter les signes de cette pierre, en s’appuyant sur d’autres inscriptions ornant par exemple le Zodiaque de Denderah, acquis par le roi, l’obélisque d’Angleterre ou d’autres hiéroglyphes qui lui ont été envoyés. C’est ainsi qu’il va percer le mystère des hiéroglyphes (sans pour autant avoir été lui-même en Egypte).

A partir de 1821, il déchiffre les premiers cartouches royaux. Le 14 septembre 1822, il annonce à son frère sa découverte puis écrit une lettre à Monsieur Dacier, secrétaire de l’académie royale des inscriptions et belles- lettres, relative à l’alphabet des hiéroglyphes phonétiques « employés par les égyptiens pour inscrire sur leurs monuments les titres, les noms et les surnoms des souverains grecs et romains ».

En 1824, Champollion publie son « Précis du système hiéroglyphe des anciens égyptiens ».

RECONNAISSANCE

Fort de sa notoriété et malgré les soutiens inégaux à sa démarche (c’est le pape Léon XII qui va demander à la France de le décorer de la légion d’honneur), Jean-François Champollion va permettre à la France d’acquérir des œuvres et antiquités égyptiennes.

En 1826, JF Champollion est nommé le premier conservateur des collections égyptiennes du musée du Louvre : acquisition d’une collection d’Henry Salt, consul britannique en Egypte, complétée par l’acquisition d’une collection égyptienne de l’ex-consul de France en Alexandrie, Bernardino Drovetti (lors d’une expédition franco-toscane).

Puis il va réaliser son rêve et mener une expédition en Egypte de 1828 à 1829 en Egypte, d’où il recueillera de nombreuses données qui confirmeront le bien-fondé de son système hiéroglyphe et où il interviendra pour l’acquisition par la France de l’obélisque de Louxor ( à la place de celle d’Alexandrie qui est en plus mauvais état).

En décembre 1829, J-F Champollion revient en France.

En 1830, il est élu à l’Académie des Inscriptions et Belles-lettres et obtient la chaire d’Antiquité égyptienne au collège de France.

Le 4 mars 1832, JF Champollion meurt à Paris à l’âge de 41 ans. Il est enterré au cimetière du Père Lachaise.

Son frère Jacques Joseph fera paraître son précis de « Grammaire égyptienne » à titre posthume.

Il aura veillé toute sa vie durant sur son jeune frère, dont il avait détecté le potentiel qu’il aura mis au bénéfice d’une grande découverte scientifique.

Après un périlleux périple depuis Louxor, l’obélisque sera érigée place de la Concorde le 25 octobre 1836.

Père de l’égyptologie, Jean- François Champollion mériterait de rester dans la mémoire collective en étant admis au Panthéon.

A l’occasion du bicentenaire du déchiffrement des hiéroglyphes, de nombreuses expositions, à Figeac et en Isère notamment, honorent sa mémoire.

Il nous tarde maintenant de découvrir celle que lui consacre le Louvre Lens lors de l’atelier du 5 décembre 2022 proposé par l’UTL Pévèle Carembault.

Marie-Pierre FOURDINIER