Conférence réalisée par
Isabelle LEFEBVRE
Mardi 13 janvier 2026
I PORTRAIT DU COMPOSITEUR
Claude Debussy, appelé aussi Claude De France, est né le 22 aout 1862 à Saint- Germain-En-Laye dans un milieu modeste. Ses parents tenaient un commerce de porcelaine. Il n’a pas été facile pour Claude Debussy de faire admettre à son père sa passion pour les Arts, et notamment la musique.
En 2018, une exposition lui a rendu hommage au musée de l’Orangerie, à l’occasion de l’anniversaire de sa mort (1918).
Jean-Michel Nectoux, musicologue, spécialiste de Debussy, lui a consacré une monographie : » Harmonie en bleu et or », en 2005 Fayard.
Philippe Cassard, pianiste classique français, a enregistré une intégrale de Debussy en 1994.
Le portrait qu’en a fait Marcel Baschet a servi de modèle pour la composition des billets de 20 francs (qui ont circulé entre 1990 et 2001). En arrière-plan figure l’eau, qui est l’élément favori de l’univers musical de Debussy.
Jacques-Emile Blanche, qui réalise des portraits de la société parisienne, effectue celui de Claude Debussy en 1902. Le tableau met en avant la sensibilité du compositeur dont Blanche suit la carrière. Debussy lui dédiera une pièce pour piano. Le compositeur y est représenté plongé dans ses pensées, entre rêveries et poésie.
Lui qui est venu d’un milieu modeste va découvrir l’art.
Il va apprendre au contact de la « haute société », notamment parisienne.
II VIE PERSONNELLE
Debussy a rejoint Paris avec sa famille en 1867.
En 1870, il prend ses premières leçons de musique, réfugié chez sa tante dans le sud pendant la guerre.
Il développe très tôt ses talents de musicien au Conservatoire de Paris.
En 1884, il obtient le premier prix de Rome avec sa cantate « L’Enfant prodigue ».
Il a été, dans sa jeunesse, fortement influencé et aidé financièrement par trois familles, qui auraient fait son éducation : Henri Lerolle, peintre, Ernest Chausson, musicien, et Arthur Fontaine, conseiller d’Etat. Tous les trois étaient des mécènes. A leur contact, Debussy va se familiariser aux grandes œuvres de l’époque. Il fait la connaissance d’Odilon Rodon, peintre symboliste (ici, Les Yeux Clos »)
Le regard qu’il porte sur une peinture éveille en lui une musique intérieure.
Debussy connaîtra plusieurs femmes dans sa vie : Lucie Texier, mannequin, qu’il épouse en 1899. Puis il débute une relation avec Emma Bardac en 1903, cantatrice qui deviendra sa seconde épouse. Debussy aura des relations conflictuelles avec ses compagnes à tel point que celles-ci tenteront de mettre fin à leurs jours.
Mais c’est pour Marie Vasnier dont il s’éprend à 18 ans, qu’il compose au début de sa carrière ses premières mélodies. « Nuit d’étoiles » est une mélodie de Claude Debussy composée en 1880 sur un poème de Théodore de Banville. Elle a été interprétée en 2012 par Nathalie Dessay, accompagnée par Philippe Cassard. Cette pièce apparaît comme plein de romantisme.
Debussy aura une fille avec Emma Barda, surnommée « chouchou ». Il écrit, entre 1906 et 1908, Children’s corner (littéralement « Le Coin des enfants » en anglais), qui est une suite de six pièces pour piano. Le compositeur a dédié l’œuvre à sa fille alors âgée de trois ans. Il y a de l’imprévisible, du « sautillant » propre à l’enfance. C’est l’art de la syncope, utilisé en musique comme en peinture (ragtime).
L’album que Claude Debussy lui consacre porte cette dédicace : « À ma très chère Chouchou… avec les tendres excuses de son père pour ce qui va suivre ».
Sa fille décèdera de maladie à 13 ans, un an après le décès de son père.
On réécoute aujourd’hui Debussy, car il annonçait tellement de choses. Il répète un thème 4 fois, mais pas à l’identique (micro-variations).
Claude Debussy invente le personnage de Monsieur Croche dans le cadre de son activité de critique, qu’il débute en avril 1901.
Dans ce cadre, il écrit « Je suis pour la liberté. Tous les bruits qui se font entendre autour de nous peuvent être rendus …je veux, moi, ne rendre que ce que j’entends ».
En 1910, inspiré par un poème de Gabriel Dante Rossetti, il compose « La fille aux cheveux de lin ».
L’idée centrale du prélude, comme son titre l’indique, est celle d’une jeune fille aux cheveux d’or dans un décor pastoral écossais. Il s’agit ainsi d’un exemple parmi d’autres de la musique impressionniste de Debussy, puisqu’il évoque des images d’un lieu exotique.
Pièce très difficile à jouer au piano, elle a été interprétée à la harpe par Alexander Boldachev
III LA TENTATION JAPONISANTE
Des œuvres vont inspirer Debussy :
- « Les jolies femmes » de Kitagawa Utamaro peintre japonais ((1753-1806) visible au musée Guimet.
Les perspectives sont différentes, les lignes également. Il y a une dimension participative (comme les nymphéas de Monet : on est dedans).
Debussy aime la fluidité des courbes, et des contrecourbes.
- L’art nouveau, représenté par la maison Bing : la carpe rouge
Le 26 décembre 1895, le marchand d’art Siegfried Bing ouvre les portes de son magasin parisien, l’Art nouveau, marquant la naissance du mouvement. Debussy est un grand admirateur des lignes souples de l’art Nouveau, dont on sait qu’il possédait de nombreux objets.
Le thème de la carpe se déclinait à loisir dans l’art japonais. Il inspira au compositeur une pièce pour piano : « Les Poissons d’or »
- Le haïku, forme de poème originaire du japon (début du 16ème siècle).
Exemple, le court poème de Yamaguchi Sodo (1642-1716) :
« Après avoir contemplé la lune,
son ombre me raccompagne ».
Debussy aime cet univers autour du Japon.
De ce style d’art nouveau, Debussy va créer entre 1888 et 1891 les « Arabesques ».
Deux arabesques comptent parmi les toutes premières œuvres de la « musique impressionniste » en France. En effet, Claude Debussy semble vouloir mélanger les modes et les couleurs (nombreux changements de tonalité …).
C’est la non-répétition chez Debussy, car il y a des variantes ; comme la nature, qui ne se répète pas, amène à des choses nouvelles. Effet de giration, de tournoiement (comme celle d’une feuille à l’automne).
- Les objets japonais étaient pour Debussy une forme d’inspiration par la beauté des matières, la pureté des formes, la finesse de la porcelaine chinoise. Il en avait décoré son bureau
La couverture de la partition « La mer » de Debussy s’inspire de vague représentée par Hokusaï.
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IV LES ARTS VISUELS
D’autres artistes , sculpteurs, peintres, photographe, ecrivains, vont inspirer Claude Debussy.
- Camille Claudel.
Debussy va se lier d’amitié avec Camille Claudel. En 1891, elle lui offre un tirage de « La Valse », pas un bronze, mais un plâtre, qui se révéla un chef d’œuvre de la sculptrice. Aux arabesques de la robe répond sans doute l’une des Arabesques de Debussy, musicien qualifié d’impressionniste, aussi de symboliste, dans son art. Claude recommandait aux compositeurs d’écouter la musique du vent dans les feuilles.
Debussy va composer en 1910 une valse, intitulée « La plus que lente ».
Autre sculpture de Camille Claudel, qui va faire écho à l’œuvre de de Debussy appelée « La Mer », c’est « La vague ou les Baigneuses » de l’artiste.
Cette œuvre, d’abord présentée en plâtre puis coulée en bronze vers 1903, avec une vague en marbre onyx, et les baigneuses en bronze, s’inspire directement de « La Grande Vague » d’Hokusai, reflétant la fascination parisienne pour l’art japonais à l’époque. C’est la pluralité des matériaux qui intéresse Debussy, et la ronde esquissée par les baigneuses.
- Antoine Watteau :
« L’Isle joyeuse » de Debussy en 1904, a été inspirée par une œuvre de Watteau de 1717, « le Pélerinage à l’île de Cythère ». C’est la plus symphonique de toutes ses pièces pianistiques.
On retrouve cette idée de fluidité, le frétillement de la touche de Watteau se retrouve dans le piano. Le pianiste est invité à modifier sans cesse sa sonorité et à faire preuve de finesse dans le jeu, pouvant illustrer la frivolité, l’insouciance, l’évasion.
- Henri -Edmond Cross :
Né à Douai en 1856, il est représentatif de la peinture pointilliste. Son tableau, les « Iles d’or » (1891) peut se comparer à une partition : des petites touches sur une portée, transparence de l’eau que Debussy nous fait entendre.
- Autre tableau en rapport avec les éléments :
« Pluie, Vapeur et Vitesse – Le Grand Chemin de fer de l’Ouest », tableau de Joseph Mallord Willian Turner, (1775-1851) réalisé en 1844;
Cette toile représente une locomotive passant sur un pont de chemin de fer enjambant la Tamise.
- Turner a beaucoup compté pour Debussy : il fait fusionner les éléments. Effet fusionnel d’un train qui avance vers nous, ajouté à cela les éléments atmosphériques de l’eau.
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- Monet, dans « Impression Soleil Levant », en 1872. Dans la continuité de Turner, il utilise la fusion des éléments.
- Caillebotte va aussi travailler par séries :
« L’Yerres, pluie » est un tableau de Gustave Caillebotte réalisé en 1875. Effet des ondes qui se propagent.
Cela va inspirer à Debussy : « Jardins sous la pluie », que l’on a envie d’entendre devant les Nymphéas, les Meules.
Est-ce qu’on peut insérer de la lumière en musique ?
Debussy va collectionner les tableaux : Degas « Paysages » en 1880, aspect un peu flou.
James McNeill Whistler qui a aussi beaucoup compté pour Debussy : » Nocturne en bleu et argent » 1871
Le peintre américain James Abbott McNeill Whistler a aussi réalisé « Nocturne en noir et or : la fusée qui retombe », en 1875. Ce tableau est conservé à Détroit. On peut écouter Debussy en contemplant ces tableaux.
- Le gamelan de Java.
Debussy a découvert les gamelans javanais lors de l’Exposition Universelle de 1889 et s’en est inspiré pour nourrir son langage musical. C’est un ensemble instrumental traditionnel indonésien.
Ce fut une découverte incroyable pour Debussy. Il était fasciné par des sonorités de percussions, très simples, mais intenses. Les petites percussions qu’on entend dans « La Mer » ou déjà dans « Le Faune » sont d’inspiration orientale.
- La photographie.
Debussy est « traversé » par l’invention de la photographie. La photo : « Des pas sur la neige » réalisée entre 1903 et 1906 par Robert Demachy (1859-1936), photographe amateur. Il inspira Debussy qui composa « Des pas sur la neige », oeuvre musicale pour piano. C’est la sixième pièce du premier livre des Préludes, écrite entre la fin de 1909 et au début de 1910.
La conception du son est d’inspiration orientale « Ce rythme doit avoir la valeur sonore d’un fond de paysage triste et glacé… »
« Des Pas sur la neige » est un véritable rêve sonore.
Cette vision qu’a Debussy du son a grandement fait évoluer le traitement sonore du piano. Le compositeur français y exploite la lumière du son, tel le peintre avec les couleurs…
- Maurice Maeterlinck
Pelléas et Mélisande est une pièce de théâtrre symboliste en cinq actes de Maurice Maeterlinck, écrivain belge..
En 1892, Claude Debussy éprouve un coup de foudre littéraire pour la pièce de Maurice Maeterlinck, et il crée un opéra en cinq actes, considéré comme un drame lyrique, qui porte le même nom.
L’opéra, comme la pièce de Maeterlinck, est une transposition du mythe de Tristan et Yseult.
C’est un univers sombre, très puissant.
- Stéphane Mallarmé
« L’Après-midi d’un faune » est un texte de Stéphane Mallarmé, poète français.
Il s’agit du monologue d’un faune qui évoque les nymphes et la nature qui l’entoure, dans une succession d’images poétiques.
Le poème fait ensuite l’objet entre 1892 et 1894 d’une mise en musique par Claude Debussy qui compose le « Prélude à l’Après-midi d’un faune ». Vaslav Nijinski danseur russe, va créer en 1912, une chorégraphie, pour laquelle il a eu carte blanche..
Léon Bakst , artiste peintre, décorateur et costumier russa va faire en 1912, un projet de décor pour « Prélude à l’après-midi d’un faune »(ci-dessus), de Claude Debussy et va réaliser une aquarelle pour la couverture du programme de la saison 1912 des ballets russes intitulée : « Nijinski dans l’après-midi d’un Faune » (ci-dessus).
- La sonate pour violoncelle et piano fait partie des dernières œuvres de Claude Debussy, écrite en 1915, d’un style très différent : liberté, syncope.
Claude Debussy meurt en 1918, il a 55 ans. Atteint d’un cancer il a travaillé jusqu’au bout.
En conclusion,
voici quelques les termes qui caractérisent Debussy :
suggestion,
évanescence,
mystère,
apesanteur,
liberté…
Marie Pierre Fourdinier,
le 13/OI/26
UTL Pévèle Carembault
