Conférence réalisée par

Grégory VROMAN

Mardi 2  décembre 2025

  1. I CONSTRUCTION DES REPRESENTATIONS EUROPEENNES

    Quel est le rapport entre les civilisations venues d’Europe et ces différentes nations indiennes ?

    Tout commence avec Christophe Colomb lorsqu’il arrive en 1492 à Hispaniola (île située entre Haïti et Saint -Domingue). Il pense être arrivé aux indes orientales, il découvre le nouveau monde, et nomme « indiens » les autochtones qu’il y découvre, impressionné par leur belle stature et leur chevelure flottante. Il y est d’ailleurs bien accueilli, et lorsqu’un de ses bateaux fait naufrage, les « Indiens » prêtent main forte, avec leur chef (cacique), pour récupérer les biens qui s’y trouvent. Les Indiens de leur côté sont étonnés de voir ces étrangers boire du « sang », le vin, et manger du « bois », le pain.

    Christophe Colomb revient, avec cette fois des gens armés. Il veut mettre sous sa coupe les Taïnos, tribu autochtone des Antilles, issue de la tribu des Arawaks.

    Bartolomé de Las Casas, prêtre espagnol, vient assister à l’asservissement de ces taïnos, que les espagnols veulent faire travailler dans les mines.

    Las Casas a par la suite dénoncé l’oppression des peuples indigènes par les européens.

Le cacique (chef d’une unité territoriale) avait offert un cadeau au représentant européen. Mais le sens de l’accueil des Indiens s’oppose à l’avidité de l’européen.

Les Indiens préféreront mourir plutôt que de rester sous le joug des européens. Ils se font « mater », aussi se révoltent-ils. Ils se cachent dans les forêts. A la fin du 16ème siècle, il y avait 2 millions de Taïnos, un siècle plus tard, la population avait disparue.

Pour exercer leur répression, les militaires ne veulent pas se contenter de leur solde. On leur attribuera un lopin de terre et des Indiens comme esclaves, à condition qu’ils convertissent ces derniers au catholicisme. Pour les anglais, la condition sera de convertir les Indiens au protestantisme.

En 1680, c’est la révolte des Pueblos en réaction à l’exploitation de la main d’œuvre et ce christianisme forcé.

Les Indiens étaient intéressés par les chevaux, qu’ils ont vu débarquer par les espagnols. Ils en font de l’élevage et vont les utiliser pour faire du troc avec les nations indiennes. C’est ainsi que les chevaux se développent en Amérique du Nord. Les Indiens vont maîtriser les techniques de l’équitation, mais ils vont aussi véhiculer des maladies contre lesquelles ils ne sont pas immunisés.

En 1768, les espagnols créent la province de Californie.

C’est l’époque de la ruée vers l’or.

Des missionnaires sont chargés d’évangéliser les populations ; il y a le souhait d’européaniser les mœurs de ces « aborigènes ». On leur apprend à cultiver (champ de maïs, de courges). D’autres se tournent vers l’élevage.

Ainsi des nations indiennes deviennent cultivateurs, mais les choses vont basculer beaucoup plus tard.

L’Espagne possède la Floride, le sud-est des Etats Unis jusque la Californie.

Certaines tentatives de colonisation avaient échoué.

Petit retour en arrière :

En 1670, les anglais fondent la colonie Charles Towne, rebaptisée Charleston. Les anglais veulent y développer le commerce, les échanges.

Les européens achètent des peaux aux indiens, en échange d’ustensiles de cuisine, d’armes, ou autre, pour les revendre en Europe, et notamment en Angleterre.

Une nation indienne, les Sewee, se rend compte qu’ils auraient plus intérêt à vendre en direct leur marchandise. Ils pensent que le pays acheteur est à portée de canoë. Ils en construisent un dans le secret. Tous les hommes de la tribu prennent la mer, en laissant femmes et enfants au village. Nombre d’entre eux périssent dans la traversée, d’autres seront fait prisonniers ou vendus comme esclaves. C’est ainsi que les Sewee disparaissent.

Comme les Indiens préfèrent se suicider, les européens vont les remplacer par des esclaves noirs (cependant ¼ des esclaves sont des Indiens).

En 1534, Jacques Cartier explore le Canada. Il ne cherche pas à conquérir des territoires. Ce qui l’intéresse, c’est la traite des fourrures.

Jacques Cartier rentre en contact avec des amérindiens. Les peaux d’animaux sont échangées contre des couteaux, tissus, colifichets.

En 1617, Richelieu, Colbert vont pousser à la colonisation.

En 1665, on envoie des militaires pour protéger les français contre les iroquois.

 Ce sont les peaux de castor qui ont le plus grand succès en Europe pour leur fourrure et faire du feutre. Le commerce se développe aux 16ème et 17ème siècle. Les Indiens répondent comme ils peuvent à cette demande de fourrure. C’est ainsi qu’on décime la race de castors.

Les échanges s’appauvrissent ; l’indien qui abandonne la culture pour le troc se place en situation de dépendance. Or, il lui faut des ressources pour s’alimenter.

La carte de la Nouvelle France en 1745 fait apparaître la zone d’influence (et non de colonisation) de la France (partie bleue). Il y a des comptoirs disséminés, et des forts pour les protéger. L’Acadie a été perdue, au bénéfice des anglais.

En 1754, l’Angleterre et la France sont en guerre en Europe jusqu’en 1760.

La guerre est présente aussi à Québec. Les Indiens se rangent du côté des français mais en 1760, la France est obligée de capituler elle perd ses territoires. Le Québec devient une colonie britannique, et la Louisiane revient à l’Espagne. La France récupère les îles de Saint Pierre et Miquelon et des territoires antillais.

En 1800, Napoléon récupère la Louisiane (territoire considérable), qu’il cède en 1803 pour 5 millions de dollars (et 10 millions de dollars pour la Nouvelle Orléans).

Le 4 juillet 1776, treize colonies britanniques d’Amérique du Nord proclament leur indépendance sous le nom de United States of America. Leur territoire s’étend avec l’acquisition de la Louisiane.

La France possède alors toujours la Guyane (qui a une superficie égale à celle de l’Autriche). Les Indiens de l’intérieur sont représentés par trois groupes. Reclus dans une zone interdite, afin d’éviter les épidémies, les 10000 indiens environ gardent des traditions très fortes.

Un mouvement se crée pour leur permettre d’acquérir une autonomie.

Seulement, il y a un problème d’exploitation des richesses de la Guyane. Le terrain est aurifère. Il y a un projet de construction d’une mine à ciel ouvert. Les Indiens s’y opposent, mais, ce ne sont pas leurs terres …

  • II LES ETATS- UNIS ET LES INDIENS

    En 1830, pour favoriser l’extension des US depuis l’Est jusqu’au centre, on va demander aux indiens de se déplacer. Or, ils sont agriculteurs, éleveurs, connaissent bien leur environnement. Leur terre est sacrée du fait qu’ils honorent la terre où leurs ancêtres reposent.

    Adoption de la loi sur le déplacement ou la déportation des Indiens, proposée par le président Andrew Jackson. Cette loi signée en 1830 ordonne la déportation des amérindiens vivant dans les territoires situés entre les treize Etats fondateurs et le Mississipi vers un territoire situé au-delà de ce fleuve.

    Jackson s’était déjà opposé aux Creek. Ceux-ci étaient divisés. Jackson leur demande de partir en Alabama. Il leur avait enjoint soit de respecter la loi américaine, soit de partir.

    Conséquences : 60000 personnes appartenant aux tribus Cherokees doivent bouger. Les Choctaws doivent aussi passer de l’autre côté du Mississipi. Des milliers d’amérindiens sont morts tout au long du parcours, notamment chez les Cherokees (un monument a été élevé en leur mémoire).

    Ils se retrouvent dans des lieux qu’ils ne connaissent pas, dans des « réserves ».

    Toute la partie orientale des US se repeuple « d’américains ».

    En 1848, c’est la fin de la guerre au Mexique, ce qui entraîne l’annexion de nouveaux territoires par l’Amérique.

    On trouve de l’or en Californie. Mais il est réservé aux américains. C’est la ruée vers l’or. Ces arrivées de population favorisent les épidémies de scarlatine, choléra qui impactent les Indiens, dont il ne reste que 10% après la ruée vers l’or.

    Puis on va rejeter les Indiens de l’ancienne Mexique vers l’est. On leur donne des terres. Ils se retrouvent avec des grandes plaines arides. Ils vont devoir s’adapter, à l’image du chasseur de bisons.

    Il y a une demande pour les peaux de bisons (la vente représente 3 fois le salaire d’un ouvrier). La peau complète se vend à 50 dollars.

  • En plus des Indiens, des chasseurs viennent pour ce commerce, aussi le cheptel diminue.

    En 1883, une politique est mise en place par l’Etat pour exterminer les bisons (avec l’idée que cela fera diminuer les Indiens).

    Des traités leur ordonnent de se rendre dans des réserves, et on leur fournit de la nourriture.

    En 1895, il reste moins d’un millier de bisons. 60 millions de bisons ont été exterminés en moins d’un siècle.

    Plus les années passent, plus la population indienne est décimée.

    En 1868, un traité est signé à Fort Laramie, entre les Etats-Unis et le peuple indien Lakota, qui leur garantissait la possession de la région des Black Hills. Mais ce traité a été violé par les Blancs, à cause de la découverte de l’or sur ce territoire en 1874, ce qui a conduit à la guerre des Black Hills.

    En 1868 également a lieu la bataille de Washita, qui a opposé le colonel George Armstrong Custer aux cheyennes de Black Kettle dans les plaines du sud des Etats Unis, faisant 130 morts. 53 femmes et enfants sont faits prisonniers

    L’année 1869 marque l’aboutissement d’un projet qui a beaucoup nuit aux indiens : c’est celui du transatlantique, train qui relie la côte ouest à la côte est. La voie de chemin de fer emprunte le territoire des Indiens. Pour éloigner les Indiens de cette route, on tue les bisons.

    En 1876, Sitting Bull, chef de tribu cherche à faire l’unité. Le Général Custer va vouloir intervenir. Le 25 juin 1876 a lieu la bataille de Little Bighorn. Les Indiens encerclent les soldats, et on déplore 215 décès sur les 650 hommes engagés. Custer y laisse la vie.

    La nouvelle de ce désastre parvient le 4 juillet (jour de l’Independence Day).

    En 1887, des couvertures infestées par la variole sont envoyés aux indiens.

    Une autre loi est votée pour la répartition des terres : on distribue des parcelles de terre aux indiens, pour les forcer à vivre en individu et non en tribu. On leur demande de payer des impôts, et comme ils n’en n’ont pas les moyens, ils revendent leur propriété (perte de 2/3 des terres des Indiens).

    Le 15 décembre 1890 marque le décès de Sitting Bull, figure majeure de la révolte.

    Après la bataille de Little Bighom que les sioux avaient remporté face à Custer, Sitting Bull est forcé de s’enfuir au Canada, où il est réfugié politique. Il revient en 1881à Fort Buford, dans le Dakota. Il y est arrêté et emprisonné pendant deux ans. Il soutien la Danse des esprits, mouvement religieux nord-amérindien (danse menée en cercle), qui exprime une nouvelle forme de spiritualité. Cela soude les Indiens entre eux dans une forme de résistance. Le 15 décembre au matin, des policiers indiens, agissant sous les ordres du gouvernement américain viennent l’arrêter. Il se prépare, se débat et le soldat indien placé derrière lui l’abat d’une balle dans la nuque. Ce soldat est lui-même tué. Il faudra l’arrivée de la cavalerie pour mettre fin à cette tuerie en cascade.

Le 29 décembre 1890 s’est déroulé à Wounded Knee dans le Dakota du Sud un massacre lors d’une opération militaire. Plusieurs centaines de natifs américains sont tués par l’armée des Etats- Unis. Leurs cadavres sont enterrés dans une fosse commune sur le lieu du massacre, qui est maintenant honoré.

Ce fut la dernière date de grande bataille avec les Indiens.

1934 : sous la présidence de Franklin Delano Roosevelt, une loi fédérale des Etats Unis met fin au processus de parcellisation des terres amérindiennes, et reconnaît aux tribus le droit à l’autonomie. Leurs responsables vont être élus.

1952 :  un programme est mené de relocalisation volontaire par les Etats Unis. On veut en terminer avec la question indienne. C’est une politique d’assimilation, qui vise à ce que les tribus rompent avec leur passé. On veut casser leurs traditions culturelles. Des enfants indiens sont séparés de leurs parents pour être scolarisés. Ces indiens, formés et éduqués vont ensuite obtenir des métiers socialement reconnus et des postes importants.

Dans cette opération, 109 tribus fusionnent et l’Etat récupère 10 000 m2 de terrain.

1964 : Johnny Cash enregistre la « ballade d’Ira Hayes », qui raconte l’histoire d’un jeune indien d’Arizona, qui s’engage dans la marine, survit à la bataille d’Iwo Jima, l’île japonaise prise d’assaut par les américains. A son retour, il reçoit un accueil triomphal, puis, victime de racisme, il se réfugie dans l’alcool et meurt seul dans sa réserve à 32 ans.

1969 : occupation pacifique d’Alcatraz (prison vidée à l’époque) par un groupe d’activistes amérindiens pendant dix-neuf mois.

1970 : l’écrivain et historien américain Dee Brown publie un livre qui retrace l’histoire des Amérindiens dans l’ouest américain entre 1860 et 1890.

Si le livre est très bien reçu à l’époque, on a une distance critique maintenant par rapport à l’œuvre.

La même année, deux films sortent :

  • Little Big man, comédie aux accents tragiques.

Le film montre que la sagesse entre les blancs et les Indiens, va plutôt du côté des Indiens. L’acteur qui incarne le chef de tribu sera proposé aux oscars du meilleur second rôle.

  • Soldat bleu, le film renvoie à l’histoire du massacre de Sand Creek.

En 1970 on est en pleine guerre du Vietnam. Le cinéaste veut montrer la similitude entre ce qui a été fait aux indiens et ce qui se passe au Vietnam.

1972 : occupation du bâtiment du bureau des Affaires Indiennes à Washington.

1973 : occupation du site de Wounded Knee, évènement politique qui débute lorsque 200 sioux armés occupent cette localité (Dakota du Sud). 2000 agents du FBI les encerclent, mais la présence massive des médias rend l’assaut impossible. Le siège va durer 71 jours.

  • IIIL’EXPRESSION ARTISTIQUE DES AMERINDIENS

    Ou la représentation de leur esprit, dans l’art, aux aspects divers :

    • Gravure du 16ème siècle, pour donner suite à la description faite par Christophe Colomb, qui représente les habitants de Calcutta : indiens d’Inde et non pas d’Amérique (présence d’éléphants)
    • Début 16ème siècle : scène de la Nativité avec un mage Indien.
    • Un pendule surmonté d’un couple d’indiens enlacés, réalisé par de Deverberie, représentant l’ouvrage Paul et Virginie de Bernardin de Saint-Pierre, mélange de traits européens, chapeau indien et peau noire.
    • Buffalo Bill (célèbre chef indien sioux) et le Wild West Show, se produit aux Etats Unis et part en tournée européenne jusqu’en 1912, après 30 ans de production
    • En 1828, George Catlin, peintre autodidacte, conçoit le projet de réaliser une œuvre picturale entièrement dédiée aux Amérindiens. Il prend conscience que ce sont des nations en voie de disparition et veut rencontrer 48 tribus. Il réalisera des portraits et des paysages. Il va écrire des livres et veut vendre sa collection. Il part en Europe, et le roi Louis Philippe lui commandera une série de toiles. Ses œuvres ont été données à une galerie d’art à Washington.
    • Karl Bodmer, peintre plus observateur, va représenter l’intérieur d’une hutte. Il exécute des portraits et des scènes d’offrandes aux anciens.
    • Charles Bird King est un artiste américain connu pour ses portraits, notamment des premières nations américaines. Il réalisait ces peintures sur commande du Bureau des affaires indiennes.
    • Autre image de l’indien : dans la Chevauchée fantastique, avec John Wayne. On y voit les Indiens venant du désert en groupe, pas en gros plan.
    • « Danse avec les loups » : l’indien y est toujours gentil, est une victime.
    •  La flèche brisée », autre film, qui va donner un sens différent. Il relate la vie du chef Apache Cochise et sa rencontre avec un chercheur d’or, incarné par James Stewart.

       

      De nos jours, la question indienne reste toujours posée, et pas seulement pour les Etats -Unis d’Amérique.

                                                            Marie-Pierre Fourdinier

                                                            le 3/11/25

                                                            UTL Pévèle Carembault